Un chauffeur ouvre l’analyse ARPE 2026, repère une moyenne de revenu et la rapproche immédiatement du total affiché dans son application. Il conclut qu’il gagne moins — ou davantage — que les autres. Le problème n’est pas nécessairement son activité : il compare peut-être un chiffre d’affaires personnel, un revenu par course net de commission ou un revenu horaire calculé sur des temps différents.

À faire cette semaine : avant toute comparaison, réunissez sur une même période vos courses, vos encaissements, vos heures réellement consacrées à l’activité et vos frais professionnels. Vérifiez ensuite la définition exacte de l’indicateur ARPE retenu. Une moyenne ne devient utile que lorsque son numérateur, son dénominateur et son périmètre correspondent aux vôtres.

Quatre grandeurs à ne pas confondre

Le chiffre d’affaires correspond aux sommes générées par l’activité selon le périmètre de vos relevés. Il peut inclure plusieurs plateformes et des courses directes. Il ne dit pas encore ce qu’il reste après les commissions, les frais du véhicule, les autres dépenses professionnelles et les cotisations.

Le revenu après charges est une grandeur personnelle. Pour l’approcher, il faut partir des sommes effectivement acquises au chauffeur, puis prendre en compte les frais supportés pour travailler et les cotisations correspondant à sa situation. Une somme nette de la seule commission de plateforme n’est donc pas un revenu net de toutes charges.

Le revenu par heure ajoute une question décisive : quelles heures figurent au dénominateur ? Les seules minutes avec un passager à bord, le temps connecté, ou l’ensemble du temps mobilisé pour l’activité ne produisent pas le même résultat.

Le reste à vivre vient encore après. Il dépend du revenu professionnel disponible, mais aussi des dépenses personnelles du foyer. Il ne peut pas être comparé directement à un indicateur sectoriel d’activité.

Ce que mesure l’ARPE en 2026

L’ARPE a publié le 22 avril 2026 son analyse des indicateurs d’activité communiqués par les plateformes de VTC. Elle examine notamment le revenu moyen par prestation, le revenu horaire brut en course, son évolution en tenant compte de l’inflation, la durée des prestations et le temps d’attente entre la fin d’une course et la proposition suivante, acceptée ou non. Le rapport rassemble des données de plusieurs plateformes et présente donc une lecture agrégée du secteur.

Les plateformes doivent publier annuellement certains indicateurs. Le revenu moyen par prestation destiné au chauffeur est présenté net de la commission de la plateforme. Le mot « net » doit ici être lu avec son complément : net de cette commission, et non nécessairement net du financement du véhicule, de l’assurance, de l’énergie, de l’entretien, des cotisations ou des autres dépenses de l’exploitation.

Les définitions et périmètres sont plus importants que la valeur isolée. Pour toute moyenne ou évolution précise, vérifiez la valeur publiée auprès de l’ARPE ainsi que la période, les plateformes couvertes et la méthode associée. Ne reprenez pas un chiffre vu dans une capture ou un commentaire sans revenir au rapport officiel.

Le bon dénominateur dépend de la question

Si vous voulez comparer la rémunération des courses, utilisez une donnée personnelle construite sur les courses et sur un périmètre comparable à celui de l’indicateur ARPE. Si vous voulez savoir ce que rapporte réellement votre journée, le dénominateur doit intégrer le temps que vous avez effectivement réservé au travail.

Ce temps peut comprendre la prise en charge et le transport, mais aussi l’attente, l’approche, les déplacements sans passager et les tâches indispensables à l’exploitation. Le rapport ARPE traite notamment du temps d’attente ; il faut néanmoins lire sa méthodologie avant d’assimiler ce temps à votre propre journée de travail.

Pour mesurer votre économie réelle, le numérateur doit lui aussi être cohérent : utilisez un revenu auquel vous avez retiré les dépenses professionnelles rattachées à la période. Les cotisations doivent être estimées à partir de votre propre situation et contrôlées auprès de l’Urssaf. Les définitions administratives applicables peuvent être vérifiées sur Service-Public. Il ne s’agit pas ici de choisir un statut, mais d’éviter de traiter une somme encore grevée de charges comme un revenu disponible.

Inclure les frais du véhicule sans fausser la période

Choisissez d’abord la lecture économique ou de trésorerie. Pour un véhicule acheté, le résultat tient compte de l’amortissement et des intérêts selon les règles applicables ; le remboursement du capital se suit séparément en trésorerie. Pour une location, retenez les loyers suivant leur traitement. Ajoutez les autres charges pertinentes — assurance, énergie, entretien, nettoyage ou stationnement — sans compter une seconde fois la perte de valeur déjà représentée par l’amortissement. Les tableaux prévisionnels de Bpifrance Création aident à séparer ces calculs.

Les frais irréguliers ne doivent ni disparaître parce qu’aucune facture n’est tombée cette semaine, ni être imputés sans précaution à une seule journée. Rattachez-les à une période de suivi stable selon votre méthode comptable. Si une dépense ou une cotisation reste incertaine, marquez-la comme estimation plutôt que de la présenter comme définitive.

La fiche de comparaison à préparer maintenant

  • Activité — Courses et plateformes concernées — Même période et même périmètre
  • Recettes — Sommes acquises après commissions identifiées — Ne pas les appeler « nettes de charges »
  • Temps — Course, attente, approche et tâches de travail — Définition compatible avec l’indicateur ARPE
  • Véhicule — Charges et amortissement selon le mode de détention ; capital remboursé suivi en trésorerie — Une seule prise en compte du coût du véhicule
  • Prélèvements — Cotisations estimées selon la situation réelle — Vérification auprès de l’Urssaf
  • Résultat — Revenu après charges rapporté au temps retenu — Estimation et donnée définitive distinguées

Conservez deux lectures : une mesure proche de l’indicateur ARPE, utile pour la comparaison sectorielle, et une mesure personnelle après frais rapportée à tout votre temps de travail, utile pour piloter l’activité. Ne mélangez pas les deux.

Décision de la semaine

Exportez vos courses, relevez vos heures et rassemblez les justificatifs de frais sur une période fixe. Écrivez ensuite, en toutes lettres, ce que contient chaque indicateur. Si la définition ARPE et la vôtre divergent, ne concluez pas que votre performance est meilleure ou moins bonne : corrigez d’abord le périmètre.

La comparaison devient alors prudente et actionnable. L’ARPE fournit un repère collectif ; votre fiche mesure votre exploitation. L’écart entre les deux peut signaler une différence de temps d’attente, de structure de coûts, de territoire, de plages travaillées ou de composition des courses. Il ne suffit pas, à lui seul, à établir une cause.

Sources officielles consultées le 18 août 2026

  • ARPE — publication de l’analyse 2026 des indicateurs d’activité VTC.
  • ARPE — rapport 2026 sur l’activité des chauffeurs VTC des plateformes.
  • ARPE — indicateurs d’activité des plateformes de mobilité VTC.
  • Autorité de la concurrence — avis relatif à l’accord sur les revenus des chauffeurs VTC.

Les valeurs du rapport peuvent être reprises ou commentées hors de leur contexte. Vérifiez toujours la version officielle, la période et la définition de l’indicateur avant de comparer.